Радио RTBF сделало репортаж о курсах русского языка при Российском Центре

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Littérature, tourisme, boulot, rencontres, famille: voici pourquoi les Belges se passionnent pour la langue russe

 

Jean-François Herbecq

 Publié le jeudi 13 février 2020 à 16h13

Depuis deux ans, les cours de langue du centre culturel et scientifique de Russie à Bruxelles connaissent un engouement renouvelé. Une augmentation de 30%. Mais qu’est-ce qui motive ces nouveaux apprenants ? La langue russe est réputée difficile, avec son alphabet différent du nôtre et ses déclinaisons… Outre la découverte d’une culture russe à la fois proche et lointaine, il y a l’attrait du tourisme dans les villes et l’immense nature, les possibilités de business et de carrière, les raisons familiales ou encore la recherche de ses racines dans le cas des descendants d’immigrés russes.

Les cours du Centre culturel et scientifique de Russie à Bruxelles se donnent principalement à Ixelles. Des petites classes, une dizaine d’élèves, quelques salles classes un peu austères baptisées des noms de grands auteurs russes. Tous les âges sont représentés, mais il y a surtout beaucoup de jeunes. Toutes les langues aussi, car Bruxelles est bien la capitale européenne.

La directrice du centre russe, Véra Bunina, a modernisé les méthodes pour mieux coller aux aspirations des élèves. Les cours sont thématiques. Les élèves ont le choix entre la langue parlée, le russe des affaires, un club littéraire, la langue des médias, l’histoire et la culture… Sans parler des cours de cuisine ou des classes pour enfants.

Ces cours se donnent en français ou en anglais et parfois en néerlandais, avec à la clé des diplômes reconnus.

Professeure au centre culturel russe, Natalia Sidorova insiste sur la taille limitée des groupes d’élèves et l’importance d’avoir des enseignants russophones. Elle souligne aussi la richesse vocalique de la langue russe et identifie ce qui motive le plus ses élèves : leur attrait pour la littérature russe.

La pédagogie n’en reste pas moins exigeante, avec des leçons à apprendre, des tests réguliers, des devoirs… C’est aussi une pédagogie vivante, avec des jeux, des discussions, et surtout des résultats, explique Evelyne qui suit ces cours.

Difficile donc l’apprentissage du russe, c’est pour cela qu’il faut une solide motivation et quand on pose la question aux élèves, pas de doute, la première c’est l’attrait pour la culture russe, et tout particulièrement la littérature qui revient à tous les coups.

Il y a aussi les voyages, le tourisme, Moscou, Saint-Petersbourg, et puis les autres villes, ou villages, la nature, immense et plutôt pas toujours facile d’accès. 

Mais il y a d’autres raisons, comme le travail dans le cas d'employés communaux au service des étrangers ou de fonctionnaires européens.

Une langue parlée dans plusieurs grands pays

Professeure de langue russe, Marina Ferry œuvre au sein de l’Association européenne de communication interculturelle. Depuis 5 ans en Belgique, elle a étudié à la KULeuven et enseigne le russe à des Belges francophones mais aussi néerlandophones… Pour elle, les étudiants les plus sérieux sont les Flamands.

Les élèves qu’elle voit défiler utilisent souvent la langue russe pour leur travail, notamment dans toute la sphère russophone, que ce soit la Russie, l’Ukraine, l’Arménie, la Géorgie et aussi dans les institutions européennes à Bruxelles. Il y a encore ceux qui apprennent la langue pour communiquer avec leur famille là-bas ou pour retrouver leurs racines.

Des clichés à corriger

Mais les plus motivés sont ceux qui veulent découvrir la Russie, sa nature et ses villes. Après une année de cours, les étudiants sont déjà prêts à tenir une petite conversation. Par contre, pour aborder la littérature russe dans le texte, deux années intensives sont nécessaires, estime Marina Ferry. Au-delà de cette curiosité, le principal avantage, selon elle, d’apprendre une langue est de tordre le cou aux clichés : "Souvent ces clichés remontent à la guerre froide. C’est triste. Après quand on parle, cela change".

 

Des touristes curieux

"Ma première motivation a été la curiosité pour comprendre la culture russe qui est en même temps très proche et très différente de la nôtre", explique Matyas Kovacs, étudiant à l’ULB.

"Moscou est à 3h30 d’avion seulement et pour vraiment comprendre une culture, il faut parler la langue. Je suis étudiant en médecine et j’ai eu l’occasion d’aller visiter différents hôpitaux russes. Je ne sais pas si dans l’avenir cela me sera utile au niveau professionnel mais c’était vraiment très intéressant. Cela me permet aussi d’avoir accès à la littérature scientifique publiée en russe".

Pour Matyas Kovacs, si ce n’est une grammaire différente et les déclinaisons, la langue russe ne présente pas difficulté particulière, d’autant que son apprentissage reste un hobby. "Je me suis fait des amis sur place et je garde le contact. C’est aussi utile pour voyager car en Russie, peu de gens parlent bien anglais, donc si on veut visiter la Russie qui est le plus grand pays au monde, c’est mieux de parler russe".

 

L’âme de la Russie et le marcheur

Pour Werner van Zuylen, la passion pour la langue et la culture russe remonte à son premier voyage en Russie soviétique en 1980.

Après avoir appris en "dilettante", c’est-à-dire avec les livres et cassettes Assimil, ce gestionnaire de patrimoine immobilier dans une banque privée a décidé de suivre les cours dispensés avec "rigueur" par le Centre culturel russe pour lequel il ne tarit pas d’éloges. Une pédagogie faite de leçons et de devoirs pour s’imbiber dès la deuxième année de cours de l’univers culturel russe, mais aussi sur une région d’Europe "sur laquelle nous fermons à tort les yeux trop souvent. Les Russes sont nos cousins". Cela lui a notamment premier d’entreprendre en 2013 un grand périple à pied en solitaire. De Moscou à Compostelle, un "camino" XXL.

Quand il parle de la richesse de la langue russe, ses yeux s’illuminent : "Elle est teintée de poésie, parfois de résignation, d’amertume, de sanglots, de désespoir, cela va parfois jusqu’au burlesque, jusqu’à l’absurde". Werner van Zuylen a pu grâce à son apprentissage de la langue russe rencontrer cette âme russe en voyageant à pied dans des campagnes et des villages isolés en Russie ou en Biélorussie, et plus tard en Ukraine, en Moldavie et en Transnistrie. "Si on ne maîtrise pas la langue, on passe à côté de choses excessivement riches et émouvantes". Cela permet aussi de tracer sa route, y compris en traversant un immense camp militaire russe, moyennant une discussion préalable avec un gradé. Trois quarts d’heure de palabre pour éviter un long détour…

 

La recherche des racines

Travail, curiosité, culture, tourisme… D’autres s’attellent à l’apprentissage du russe pour des raisons plus personnelles : de la famille, une rencontre, un mariage, quand ce n’est pas la recherche de ses racines pour ces descendants de Russes qui ont immigré en Belgique.

Dès le 19ème siècle, beaucoup de sujets des tsars choisissent notre pays comme terre d’exil pour des raisons politiques, économiques mais aussi dans le cas des populations juives, des persécutions. Ils sont nombreux à s’installer à Anvers. Le professeur Vladimir Ronin de l’université d’Anvers, lui-même d’origine russe, a étudié le sujet, se concentrant sur les activités des expatriés russes en Belgique et au Congo.

Les bouleversements de 1917 amènent une nouvelle vague d’immigrés. Ces Russes blancs qui fuient la révolution bolchevique et la guerre civile vont grossir la colonie russe présente dans la Métropole mais d’autres s’installent à Bruxelles, surtout dans le sud de l’agglomération, à Uccle où, non loin de l’ambassade, se dresse l’église Saint-Job. Avec l’église Saint-Nicolas déjà présente à Ixelles, elle constitue toujours un point de chute pour les descendants de ces Russes blancs. Beaucoup d’entre eux ont continué à pratiquer la langue russe en famille. Certains souhaitent renouer avec leur "russitude" et améliorer leur connaissance de la langue, comme André.

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